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En campagne Ă  Philadelphie, Hillary Clinton s’Ă©tait comparĂ©e Ă  “Rocky” Balboa, le petit Blanc natif de cette ville, incarnĂ© Ă  l’Ă©cran par Sylvester Stallone, qui rĂŞve de devenir champion de boxe en dĂ©pit de tous les handicaps, et “qui ne baisse jamais les bras”. L’Ă©lection primaire de mardi en Pennsylvanie sera certainement le combat de sa vie politique. Trois scĂ©narios sont possibles.

Si elle perd face Ă  son rival, Barack Obama, elle devra probablement jeter l’Ă©ponge.

Si elle l’emporte avec un faible pourcentage d’avance, elle aura gagnĂ© le droit de persĂ©vĂ©rer dans la course au titre de candidat dĂ©mocrate Ă  la prĂ©sidentielle, mais pas un bookmaker ne pariera sur ses chances.

Si elle parvient Ă  “sonner” son adversaire d’un uppercut, en le devançant nettement dans les urnes, le match continuera jusqu’au 3 juin, tout du long des onze rounds/primaires qui suivront, et Hillary pourra continuer de rĂŞver d’ĂŞtre couronnĂ©e championne de son parti en aoĂ»t Ă  Denver par une dĂ©cision aux points des juges, les “superdĂ©lĂ©guĂ©s” de son parti qui dĂ©cideront de la nomination.

Les ultimes sondages publiĂ©s lundi donnent le second de ces scĂ©narios comme le plus probable. Hillary y est crĂ©ditĂ©e de 5 Ă  7 points d’avance. Mais les prĂ©cĂ©dents commandent de se mĂ©fier de ces sondages, d’autant qu’il y a deux inconnues de taille : plus de 10 % des Ă©lecteurs dĂ©mocrates restent indĂ©cis, et le Parti dĂ©mocrate a enregistrĂ© un nombre record (327 000) de nouveaux Ă©lecteurs. La plupart (62 %) sont favorables Ă  Obama : ce sont des jeunes de moins de 35 ans mobilisĂ©s par la personnalitĂ© multiculturelle du jeune sĂ©nateur mĂ©tis de l’Illinois, et qui n’ont jamais votĂ© auparavant. Ou d’ex-rĂ©publicains, parfois motivĂ©s par leur haine de l’ex-prĂ©sident Clinton et leur hostilitĂ© envers son Ă©pouse autant que par leur intĂ©rĂŞt pour Obama.

A priori, ce dernier a le vent en poupe. Il est grand favori, dominant Hillary dans tous les domaines du jeu. Il a remportĂ© plus de primaires (28) qu’elle (14), a recueilli un peu plus de voix (13,3 millions) qu’elle (12,6 millions), s’est assurĂ© davantage de dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  la convention (1 635) qu’elle (1 474), et a amassĂ© un trĂ©sor de guerre (237 millions de dollars) beaucoup plus important qu’elle (193 millions). Il dispose, grâce Ă  cet argent et Ă  l’efficacitĂ© de son Ă©quipe, d’une organisation de terrain supĂ©rieure Ă  celle de son adversaire, et il inonde les ondes de publicitĂ©s dans lesquelles il multiplie les attaques contre la crĂ©dibilitĂ© de la sĂ©natrice de New York qu’il dĂ©peint comme infĂ©odĂ©e aux intĂ©rĂŞts particuliers qui dominent la vie politique Ă  Washington.

Aucun des obstacles surgis, ou jetĂ©s sur sa route ne semble l’avoir fait pour l’instant chuter de son piĂ©destal. Ni le rappel des sermons violents de son ex-pasteur, ni celui de ses liens avec un promoteur vĂ©reux de Chicago et un ex-dirigeant rĂ©volutionnaire qui a revendiquĂ© des attentats, ni ses propres propos jugĂ©s condescendants par certains sur “l’amertume” de l’Ă©lectorat populaire blanc ne semblent avoir changĂ© le soutien majoritaire qu’il enregistre parmi les Ă©lecteurs dĂ©mocrates.

Mais il aimerait bien en finir, et se dĂ©barrasser une fois pour toutes de sa rivale. Il lui faut surtout, et Ă  tout prix, Ă©viter une dĂ©faite trop nette en Pennsylvanie. Il lui reste en effet Ă  prouver qu’il peut mobiliser des Ă©lecteurs cruciaux Ă  toute victoire dĂ©mocrate en novembre, les salariĂ©s blancs les plus modestes et les moins Ă©duquĂ©s, les retraitĂ©s et les Hispaniques. Tous ont pour l’heure prĂ©fĂ©rĂ© apporter leur voix Ă  Hillary, comme on l’a constatĂ© le 5 mars dans l’Ohio. Les dirigeants dĂ©mocrates sont de plus en plus inquiets devant la possibilitĂ© que ces Ă©lecteurs prĂ©fèrent voter lors de la prĂ©sidentielle pour le rĂ©publicain John McCain, si Obama est le candidat dĂ©mocrate.

Cet argument de “l’inĂ©ligibilitĂ©” d’Obama est la dernière cartouche d’Hillary Clinton, et le rĂ©sultat de la Pennsylvanie pourrait permettre de vĂ©rifier s’il peut encore faire mouche. L’Ă©quipe de campagne d’Obama est suffisamment consciente de l’enjeu pour annoncer depuis plusieurs jours Ă  qui veut l’entendre qu’une dĂ©faite en Pennsylvanie serait en rĂ©alitĂ© une victoire pour lui, Ă  condition que la marge ne dĂ©passe pas les 10 %. Il est convaincu qu’il pourra conserver la lĂ©gère avance qui est la sienne au fil des primaires Ă  venir. Il devrait en effet faire jeu Ă©gal avec Hillary dans l’Indiana, et aisĂ©ment l’emporter en Caroline du Nord le 6 mai, le Nebraska le 13, HawaĂŻ le 16, l’Oregon le 20, l’Idaho le 27. Hillary, si elle gagne en Pennsylvanie, sera mieux placĂ©e dans les États “populaires” comme la Virginie-Occidentale le 13 mai, le Kentucky le 20, et surtout Porto Rico, le 1er juin.

Mardi soir, par consĂ©quent, en dĂ©pit des cris de victoire qu’on entendra probablement dans les deux camps, le seul rĂ©sultat qui comptera vraiment, et qui sera examinĂ© Ă  la loupe, sera le score d’Obama en dehors de la rĂ©gion de Philadelphie, la capitale de l’État qui lui est acquise, la majoritĂ© des dĂ©mocrates y Ă©tant noirs, universitaires et Ă©tudiants, ou membres des professions libĂ©rales Ă  revenu Ă©levĂ© qui forment le gros de ses troupes.

Quant aux partisans d’Hillary, ils rappellent que “Rocky”, le petit gars de Philadelphie, bien qu’il ait Ă©tĂ© battu Ă  la fin du premier film (aux points) par le champion noir Apollo Creed, a continuĂ© de faire une brillante carrière Ă  Hollywood, avec six autres Ă©pisodes de la saga qui l’a imposĂ© comme l’un des mythes de la culture populaire amĂ©ricaine.

Source: Lepoint.fr